
L'édito par arnaud Trambouze : UNE BELLE ESPECE D'EXPO
Pourquoi photographier l’espace peut-il avoir lieu ?
" Photographier l'espace " : Je me déplace et fixe de minuscules morceaux d'espaces, des bouts de colline, quelques mètres de bords de mer, des pitons rocheux, le coin d'une rue.
Les passages photographiques sont quelque chose d'émouvant pour moi : une direction imaginaire matérialisée, la graphie change, les frontières passées. Je vais là ou toute carte devient inutile, mon espace est ailleurs. Tel est l’enjeu que s'impose Aurelie Doutre. Montrer, du lieu et de la figure.
Entre le cadre photographique et l’expansion de l’espace où nous nous trouvons, une relation contradictoire mais dynamique se dessine, l'espace s’image en évidant le lieu. La singularité tient toutefois à l'impossibilité de retrouver le lieu, c'est-à-dire d'être en son lieu. Ainsi le lieu est arraché à son espace d’origine pour recomposer ailleurs, instantanément un nouvel espace. L’espace de l’œuvre.
Les premières photographies présentées par Aurélie Doutre sont celles d'étendues stables, quasiment vides, mettant en évidence plus que tout autre, l'indétermination de l'espace à une corrélation possible entre l'identité des lieux et leurs " virtualités dimensionnelles ".
L’espace n’est pas l’intime, l’homme en est exclu. Si l'espace gagne, c'est perdre l'orientation et avec elle son origine, c’est une expulsion continuelle de l'identité. Le diaporama suscite un espace intervallaire régi par l'interruption. Il renforce l'exploration du non-lieu " L'étrangeté ", puis " L'inhumanité " l’image se déplace, déplaçant avec elle, la lecture d'un récit. L'espace se conçoit hors de l'être il est un devenir qui échappe aux catégories temporelles du récit. L’espace devient un " troisième genre " infini dédoublé, ambigu sans unité, les corps se déplacent de manières parfois indéterminées.
Il surgit " au sein du paysage ". en lieu et en temps.
Cet ensemble est le dispositif où la position centrale du point de vue perceptif est abolie. Le labyrinthe offre l'exemple de cette expérience spatiale émanant de la mobilité conjuguée entre l’espace et le corps, qui vient doubler le système de repères fixes photographiques imaginés par l'artiste.

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